Productrices de miel en Casamance : les femmes de Saré Souma gagnent en autonomie grâce à l‘innovation

Associer les femmes à l’apiculture mobilise la collectivité, aide les hommes et les femmes à travailler ensemble et contribue à faire tomber les barrières culturelles.

La ruche Vautier

A force de ténacité, d'audace et d'ardeur au travail, et grâce aussi au Programme d'appui au développement économique de la Casamance (PADEC 2009-2018, financé par Affaires mondiales Canada), les femmes de Saré Souma ont fait de leur village un haut-lieu de la production de miel au Sénégal.

Les apicultrices du Groupement de promotion féminine de Saré Souma, dans la région de Kolda (à 670 km de Dakar, la capitale), produisent un miel réputé dans tout le Sénégal et même au-delà. Elles en produisent plusieurs variétés et valorisent aussi la cire utilisée pour fabriquer des bougies. La majeure partie du miel de Saré Souma est achetée par des commerçants de la région, ou vendue directement dans une boutique de référence installée à Dakar. Pour son fonctionnement, la boutique, gérée par une coopérative de producteurs et de productrices agroalimentaires, reçoit l'appui du PADEC. Mais les apicultrices de Saré Souma participent aussi à des foires commerciales locales, nationales et désormais internationales, en quête de nouveaux marchés.

Dans le village, l'apiculture était jusqu'ici pratiquée au moyen de ruches traditionnelles, suspendues dans les arbres, mais elle était réservée aux « castés »Note de bas de page 1 et aux personnes âgées. En outre, il était mal vu qu'une femme s'adonne à cette activité. Même les plus vaillantes n'y voyaient qu'un pis-aller. Nos apicultrices en herbe ont non seulement choisi de braver les interdits, mais elles ont aussi opté pour l'introduction d'un type de ruche plus moderne : la ruche Vautier, du nom de son concepteur, un dentiste français installé de longue date à Dakar et féru d'apiculture. Cette nouvelle ruche offre des innovations technologiques appréciables. Parallèlement, le groupement a bénéficié de la construction d'une unité de traitement du miel qui a permis d'améliorer à la fois la qualité du produit (respect des normes agroalimentaires) et la rentabilité financière de l'activité. C'était le début de la mise en marché du miel de Saré Souma.

En 2011, grâce au PADEC et à l'engagement des femmes, l'unité apicole a été réaménagée, incluant entre autres l'acquisition d'équipements spécialisés plus performants (extracteur, maturateur, bac à désoperculer) et le fonçage d'un puits tout équipé (pompe et bassin).  Ces nouveaux investissements ont une fois de plus augmenté la capacité de traitement de l'unité apicole.
En plus des équipements, les membres du groupement ont bénéficié de séances de renforcement de capacités en matière de techniques de récolte, de traitement et de conditionnement du miel, de valorisation de la cire brute et de gestion administrative et financière. Les femmes ont aussi suivi des formations en leadership.  Mais elles avaient à l'évidence de solides dispositions, ne serait-ce que pour tenir bon malgré les réticences des hommes. La présidente du groupement, Fatoumata Niamadio, se souvient du temps où les hommes leur refusaient tout soutien : « Vous perdez votre temps, affirmaient-ils. Vous n'allez jamais réussir dans cette activité. On n'a jamais vu de femme pratiquer l'apiculture. »
Belle revanche : leurs anciens détracteurs sont maintenant les premiers à encourager les femmes de Saré Souma. L'augmentation de leurs revenus s'est en effet traduite par une amélioration notable des conditions de vie des ménages, visible ne serait-ce que dans les formes d'habitat (construction de maisons « en dur » à la place des cases). C'est en réalité tout Saré Souma qui profite du dynamisme des femmes apicultrices. À titre d'exemple, les femmes ont financé la réfection du puits du village et  équipé l'école de tables-bancs. « L'activité apicole, résume la présidente du groupement, a eu des résultats positifs et encourageants au sein de notre collectivité, favorisant l'amélioration de revenus et la création d'emplois. Elle a également permis d'établir de solides et fructueuses relations sociales entre les membres. La position sociale des femmes est en nette amélioration en matière d'accès aux services sociaux de base et d'harmonie conjugale. »

Le succès des femmes de Saré Souma a fait tache d'huile en Casamance. Le PADEC a appuyé neuf autres groupements, en majorité de femmes, désireux de mettre en place des unités apicoles. Le projet a soutenu également la création de trois coopératives de production agroalimentaire. Le PADEC contribue ainsi à l'autonomisation économique des femmes et à l'égalité entre les sexes dans l'une des régions les plus défavorisées du Sénégal. Plus de 4 560 femmes ont bénéficié du soutien du PADEC.

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