Le Canada appuie les efforts pour traduire Daech en justice

Une femme yézidie courageuse ne peut retenir ses larmes en racontant à un journaliste les atrocités commises par Daech. Ancienne captive de Daech, elle connaît bien les traumatismes physiques et émotionnels que font subir à bon nombre de femmes syriennes et irakiennes leurs ravisseurs de Daech.

« Presque chaque jour, des hommes se présentaient et nous forçaient à enlever nos voiles, afin de faire leur choix », affirme-t-elle.

Elle décrit comment des femmes étaient traînées par les cheveux à l’extérieur de la maison où elles étaient détenues pour se faire violer. Certaines femmes ne revenaient jamais. « Nous ne savons pas ce qu’elles sont devenues », ajoute-t-elle, faisant preuve d’une force de caractère peu commune pour raconter une expérience qu’aucun être humain ne devrait avoir à subir.

Yézidis pris pour cibles dans le nord de l’Irak

L’histoire de cette femme est malheureusement courante en Irak et en Syrie, où Daech cible et tue systématiquement ses opposants présumés ou ceux qui n’adhèrent pas à ses croyances religieuses très strictes.

Les Yézidis, qui vivent en Irak depuis des siècles, font partie des groupes les plus visés par Daech. En 2014, près de 5 000 hommes yézidis ont été massacrés par les membres de Daech dans les contreforts du mont Sinjar en Irak. Au même moment plus de 300 000 habitants fuyaient la région.

Daech exécutait son plan pour établir un système de capture, de détention, de transfert et de réduction à l’esclavage de femmes et d’enfants yézidis. Une fois capturés, ces derniers étaient envoyés à divers endroits au nord de l’Irak et triés selon leur âge, leur état matrimonial et le fait qu’ils aient accepté ou non, sous la menace, de se convertir à l’islam.

Les femmes considérées comme trop âgées ou impropres à l’esclavage étaient exécutées. Celles qui étaient épargnées étaient transférées dans des points de distribution d’esclaves pour y être achetées, vendues, échangées ou données.

Violences sexuelles commises par Daech

Lors du massacre au mont Sinjar, plus de 7 000 femmes et filles ont été kidnappées dans le but d’en faire des esclaves sexuelles.

Ces victimes ont été soumises — et bon nombre le sont toujours — à des exactions de toutes sortes : viols, tests de virginité forcés, recours forcé à l’utilisation de contraceptifs et à l’avortement, coups violents et menaces de mort. Ces femmes vivent dans des conditions épouvantables, où elles manquent de nourriture, d’eau potable et d’un abri.

Malgré les pertes territoriales subies récemment par Daech, des millions de personnes restent encore sous son joug. Daech gouverne par la peur en tuant, en terrorisant ou en forçant le déplacement des civils, tandis qu’il cherche à s’immiscer encore plus profondément dans tous les aspects de leur vie quotidienne. Les femmes et les filles yézidies demeurent particulièrement vulnérables et continuent d’être victimes de violence sexuelle de façon systématique et généralisée.

Importance accordée par le Canada à la protection des droits des personnes vivant dans des zones de conflit armé

Le Canada est sérieusement préoccupé par la violence physique, psychologique et sexuelle subie par les Yézidis. Il a fourni des ressources pour venir en aide aux organismes qui réclament justice pour eux.

En 2015, la Commission internationale pour la justice et la responsabilité (CIJA) a reçu 1,6 million de dollars du Groupe de travail sur la stabilisation et la reconstitution (GTSR) du Canada, afin d’enquêter sur les crimes odieux commis par Daech. Le GTSR a depuis été remplacé par le nouveau Programme pour la stabilisation et les opérations de paix (PSOPs) du Canada, dont le but est de s’efforcer de prévenir les conflits et les crises à l’étranger ainsi que de réagir à ceux-ci.

Le PSOPs met davantage l’accent sur la protection des civils dans les conflits armés, en particulier les femmes et les filles. Il défend des intérêts et des valeurs comme les droits de la personne et l’inclusion, et il favorise les efforts collectifs pour prévenir les atrocités.

Le Canada verse 1,5 million de dollars de plus à la CIJA afin qu’elle puisse accroître l’accès à la justice et à la responsabilisation pour les Irakiens touchés par le conflit. Cette contribution participe à l’amélioration des connaissances sur les auteurs de violations du droit international et des droits de la personne, et renforcer les interventions internationales en réponse aux atrocités commises par Daech.

Tenir Daech responsable

La CIJA a collaboré avec des représentants du Gouvernement régional du Kurdistan afin de recueillir des éléments de preuve qui permettront de poursuivre en justice plusieurs dizaines de hauts responsables de Daech.

Les éléments de preuve amassés par la CIJA indiquent clairement que la stratégie de Daech est d’asservir les femmes et les enfants yézidis, considérés comme butin de guerre. Ces renseignements proviennent des témoignages recueillis directement auprès de femmes ayant été détenues par Daech, ainsi qu’aux documents, publications, vidéos et messages dans les médias sociaux produits par Daech.

En vue de tenir les auteurs de ces atrocités responsables de leurs actes, le Canada a demandé au Conseil de sécurité des Nations Unies d’établir un mécanisme pour enquêter sur les allégations de violations du droit humanitaire international commises par Daech en Irak et en Syrie. Cette démarche permettra de déterminer si ces violations s’apparentent à un génocide ou à d’autres crimes graves contre l’humanité, d’identifier les auteurs de ces violations et de prendre des mesures pour qu’ils soient tenus responsables de leurs actes. Ils pourraient notamment être déférés à la Cour pénale internationale, au besoin.

Pour le Canada, il est hautement prioritaire de réclamer justice pour les victimes de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide commis en Irak et en Syrie.

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