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Déclaration du Canada à la Conférence du désarmament

Version prononcée fait foi

Genève, Suisse, 24 juin, 2024

Prononcée par S.E. Mme. Leslie Norton, Ambassadrice et représentante permanente du Canada auprès de l’Office des Nations Unies et auprès de la Conférence des Nations Unies sur le désarmement à Genève

Distingués collègues,

Je me joins à vous aujourd’hui pour prononcer mes dernières remarques en tant qu’ambassadrice et représentante permanente du Canada à la Conférence du désarmement.

La Conférence du désarmement reste une partie intégrante du mécanisme de désarmement, et ce, malgré son incapacité à remplir son mandat principal de négociation. En effet, la valeur de cette conférence est ancrée dans ses succès historiques, son budget et ses ressources propres, et sa capacité à mobiliser des partenaires au-delà des clivages géopolitiques.

Nous disposons de tous les éléments nécessaires pour que cette conférence soit à nouveau couronnée de succès. Ce qui manque, et qui a malheureusement fait défaut au cours de mon mandat, c’est la volonté politique et, avec elle, les conditions nécessaires pour créer un avenir meilleur, plus pacifique et plus sûr.

Ce problème n’est pas propre à cette génération d’ambassadeurs à la Conférence. Depuis plus de 25 ans, nous assistons au lent déclin du consensus. Ce qui était censé être un compromis de bonne foi sur des questions de fond est devenu ce qu’il est aujourd’hui : des vetos procéduraux interdisant toute avancée réelle. Je suis triste d’avoir vu cette tendance atteindre de nouveaux sommets. Mais je suis également encouragée par l’innovation, la ténacité et la persévérance dont font preuve de nombreuses personnes présentes aujourd’hui pour sortir de cette impasse. Je suis particulièrement reconnaissante à ceux qui, au cours de leur présidence, ont offert un espace pour explorer les moyens de revitaliser cet organe.

Certaines questions vieilles de plusieurs décennies sont mûres pour la négociation, comme un traité interdisant les matières fissiles pour les armes nucléaires ou d’autres dispositifs explosifs nucléaires. Pour progresser enfin, nous avons besoin de souplesse, de collaboration et de nouvelles perspectives et méthodes de travail. Pour ce faire, nous devrons remettre en question le statu quo de la Conférence du désarmement et nous montrer ouverts à l’idée de bouleverser la tradition pour le bien de notre avenir.

Plaider pour que ce qui était autrefois l’unique organe international de négociation sur le désarmement soit plus productif, inclusif et tourné vers l’avenir ne doit pas être considéré comme une attitude hostile. Nous devrions tous vouloir améliorer cet espace pour adapter la Conférence aux défis, aux modes de travail et aux priorités urgentes d’aujourd’hui.

Le Canada continue de penser que la négociation d’un traité interdisant la production de matières fissiles pour les armes nucléaires sur la base du mandat Shannon reste une possibilité d’aller de l’avant. Ce mandat, qui porte le nom de l’un de mes prédécesseurs, est toutefois devenu une sorte de bouclier qui a empêché tout progrès, ce que l’ambassadeur Shannon n’aurait pas voulu. C’est pour cette raison que le Canada estime que nous devons être ouverts à d’autres options, y compris, si nécessaire, la négociation d’un traité en dehors de la Conférence du désarmement, à condition que des États clés y participent. Notre objectif est de mettre fin aux pourparlers préalables aux négociations, par exemple sur la question de savoir si les stocks doivent être inclus ou non, et de commencer les négociations, afin de pouvoir mettre en œuvre un traité lorsque les conditions seront réunies.

En outre, les défis du 21siècle, tels que la prévention d’une course aux armements dans l’espace et la réglementation des technologies émergentes, méritent une réflexion approfondie non seulement sur la manière de faire avancer ces questions, mais aussi sur la manière d’éviter qu’elles ne débouchent sur une impasse qui durerait des décennies.

Monsieur le Président,

Il est plus que temps d’inclure davantage d’États observateurs, de jeunes et de personnes de tous les genres dans nos procédures officielles. Au cours de la présidence canadienne en 2021, nous avons lancé la toute première discussion plénière sur la jeunesse et le désarmement à laquelle ont participé des jeunes. Il est essentiel d’ouvrir les portes de la Conférence à la nouvelle génération, et nous avons été fiers de contribuer à la mise en place de cette pratique.

Un autre effort important de notre présidence a été de rendre la Conférence du désarmement plus inclusive dans ses règles de procédure. La modification de ces règles afin de débarrasser la Conférence de références obsolètes au genre s’est appuyée sur le travail effectué année après année pour garantir que tous les futurs ambassadeurs, représentants permanents, politiciens et présidents de cette auguste assemblée se sentent les bienvenus et représentés en son sein.

Je ne me vois toujours pas représentée dans les règles.

Bien qu’elle ait été bloquée, une fois de plus par l’utilisation abusive du consensus, la volonté d’inclusion a été réaffirmée par la grande majorité des États de la Conférence du désarmement, et je pense que nous y parviendrons un jour prochain.  Et je vous le dis aujourd’hui, en cette Journée internationale des femmes dans la diplomatie.

À la lumière de ce qui précède, permettez-moi de résumer mon évaluation des priorités que la Conférence du désarmement devrait poursuivre. Plutôt que d’essayer de traiter toutes les questions simultanément dans le cadre d’un programme de travail complet et équilibré – ce que la Conférence n’a pas réussi à faire jusqu’à présent –, nous devrions nous concentrer sur la prise de mesures pratiques, telles que :

  1. Approuver des programmes de travail pluriannuels et des organes subsidiaires;
  2. Entamer des négociations sur un traité relatif aux matières fissiles pour les armes nucléaires, un traité sur les garanties de sécurité négatives et, s’il existe une capacité supplémentaire, un instrument interdisant les armes radiologiques;
  3. Poursuivre les discussions sur la manière d’améliorer la Conférence du désarmement et le mécanisme de désarmement dans son ensemble;
  4. Mettre à jour les règles de procédure de la Conférence afin qu’elles intègrent la dimension du genre.

Finalement, d’un point de vue personnel, je souhaite remercier mes collègues ambassadeurs et ambassadrices, les experts de toutes les régions, la société civile, le Secretariat et les interprètes, pour leur engagement, leur professionnalisme et leur amitié.

Ce fut un privilège de travailler avec vous tous et avec nombre de nos prédécesseurs. Les résultats ne le montrent peut-être pas toujours, mais les délégations consacrent beaucoup de travail et de dévouement au désarmement, et la communauté est accueillante et solidaire.

Merci, et bonne continuation.

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